[Netflix] Okja

Okja critique film affiche

Okja, c’est ce film projeté au festival de Cannes 2017, mais sorti directement sur Netflix sans passer par la case cinéma. C’est ce film qui mêle l’idéologie écologiste, l’anticapitalisme et le fantastique, avec brio. C’est ce film qui aurait fait arrêter de manger de la viande à beaucoup de gens après l’avoir regardé.

Réalisé par le sud-coréen Bong Joon-ho, qui a notamment à son actif Le Transperceneige, Okja met en scène des acteurs tels que Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal, Lily Collins, Paul Deno (Little Miss Sunshine) ou encore Steven Yeun (Glenn dans The Walking Dead). J’avais à la fois très envie de le voir, et en même temps je repoussais le moment du visionnage de peur que les images soient trop dures pour mon petit cœur de vegan fragile. Finalement, j’ai pris mon courage à deux mains hier soir. Et j’ai adoré Okja.

Lucy Mirando qui est à la tête de la société Mirando Corporation annonce la création de cochons géants. Vingt-six seront élevés par le monde selon les spécificités locales et au bout de dix ans, un des cochons sera couronné le plus beau cochon.
Mija vit avec son grand-père dans les montagnes sud-coréenne en compagnie d’un de ces cochons qu’elle appelle Okja. Alors qu’Okja est l’objet de lutte entre la société Mirando Corporation et les membres du Front de Libération Animale, Mija fait tout son possible pour retrouver sa meilleure amie.

Ce film est pour moi une merveilleuse réussite, dans la mesure où il réussi à faire passer un message très clair concernant les dérives actuelles de notre société, ce à travers un conte imaginaire qui allège la culpabilité des spectateurs. Pour moi le dosage entre l’humour noir, le fantastique et la morale est parfait, optimal pour réussir à toucher le plus grand nombre.

On ne peut que s’attacher à l’histoire de cette fillette et de son cochon géant qu’elle essaye de sauver coûte que coûte de l’abattoir. Et l’on ne peut que trouver inhumain les agissements des membres de la compagnie Mirando, alors que c’est exactement ce qu’il se passe au quotidien dans le monde d’aujourd’hui. Oui nous sommes trop sur Terre, oui il y aura forcément un moment où la nourriture viendra à manquer et si devenir a minima végétarien est quasiment la seule solution vivable à court et long terme, je suis persuadée qu’il y aura forcément un scénario semblable à celui raconté dans Okja qui se produira : l’invention d’un super animal génétiquement modifié pour nourrir encore plus de gens de manière industrielle… mais en faisant passer la pilule sous un beau discours de Green Washing auquel la majorité adhérera.

Les acteurs sont excellents, Tilda Swinton excelle dans son rôle de PDG qui espère rouler son monde et s’en mettre plein les poches et Jake Gyllenhaal en présentateur télé complètement aliéné par son métier est méconnaissable. Ahn Seo-hyeon qui interprète l’héroïne m’a également bluffée par la justesse de son jeu, du haut de ses 13 ans. J’étais aussi ravie de retrouver dans le camp des militants animalistes Paul Dano, que j’ai adoré dans Little Miss Sunshine ou Elle s’appelle Ruby, ainsi que Steven Yeun aka Glenn dans The Walking Dead.
A part à certains moments d’action où il y a un léger flou sur Okja, j’ai trouvé les effets spéciaux vraiment bien réalisés. Notamment un moment où Jake Gyllenhaal passe sa main sur la peau de l’animal, caressant ses poils, on s’y croirait.

Déjà très sensibilisée à la cause animale (je suis quasiment végane), ce film ne pouvait que résonner en moi.
Comme je l’ai crains, certaines images ont été assez dure à voir, tant j’imaginais sans peine les vidéos (bien réelles cette fois) de vaches s’échappant des camions de transport, tentant de fuir leur mort imminente, ou encore celles d’animaux maltraités dans les abattoirs. Si rien n’est explicitement choquant, le film a rappelé à mon souvenir d’autres images elles très violentes car réelles et je ne vous cache pas que j’ai pleuré pendant les 30 dernières minutes du film. Pour autant je m’attendais à pire du fait de l’interdiction aux moins de 16 ans, rien n’est vraiment violent, beaucoup de choses sont sous-entendues. D’autant plus que les créatures sont imaginaires. Et c’est là le génie du film je trouve, pouvoir en montrer beaucoup sans dégoûter, que les gens regardent le film jusqu’au bout sans dire « je préfère ne pas savoir ». Clairement, le message concernant l’éthique animale est très fort. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour un bout de viande dans notre assiette ?

Ce super cochon est en plus doté de grandes capacités émotionnelles et cognitives, Mija et elle développent une relation amicale un peu comme un chien et son maître. Peut-on tuer un animal doué de conscience, en capacité de ressentir des émotions ? Le trait est volontairement grossit dans Okja, l’animal étant profondément intelligent.
Cela m’a cependant un peu choquée de voir que malgré cela, Mija mange sans soucis d’autres animaux, comme du poisson ou des poulets. Mais la scène du ragoût de poisson est tellement mise en avant dans le film que je me demande si ce n’est pas là une volonté du réalisateur, nous montrer nos incohérences. La majorité des gens mangent en effet de la viande mais il ne viendrait à l’idée de personne de manger son chien ou son chat… et pourtant pourquoi le bœuf aurait-il moins le droit à la vie que le chien ?

Okja critique film

J’ai également beaucoup aimé le message du film concernant le pouvoir du marketing. Le film débute en effet par la campagne promotionnelle du « Concours du super cochon » où l’entreprise se décrit comme étant garantie sans OGM, totalement éthique et respectueuse de ses animaux d’élevage, éco-friendly etc. Le public crie au génie alors que la réalité est tout autre. Lez messages sont pour moi clair : d’une part la viande heureuse n’existe pas, il n’y a pas de mort sans souffrance ni cruauté. Même si l’on essaye de nous faire oublier que la viande vient d’un animal, comme ces saucissons bien emballés et colorés à la fin du film qui font totalement oublier leur provenance.
D’autre part nous sommes dans une société profondément capitaliste et les cas de prise de conscience au niveau industriel sont rares voire inexistants. Le plus gros pollueur de la Terre un jour a peu de chance de devenir on plus grand défenseur le lendemain. Tout ce qui peut se vendre se vendra et les industriels sont prêt à tout pour nous faire accepter leurs produits.

L’association de protection des animaux est je trouve vraiment bien représentée, avec ses dérives. Le cas de doute entre conscience égocentré et « le plus grand bien » est en particulier assez puissant : vaut-il mieux sauver un seul animal que l’on connaît, ou des milliers qui nous sont étrangers ? Jusqu’où est-on prêt à aller pour nos convictions et pour « faire le bien » ? Cela amène vraiment à la réflexion.

Enfin un mot sur la polémique concernant le mode de distribution du film, à savoir sortir directement sur Netflix sans avoir été disponible en cinéma. Il est évident que si Netflix, coproducteur du film, veut s’y retrouver financièrement, cette solution est la plus logique. Personnellement je suis abonnée à Netflix depuis longtemps et ayant habité ces derniers mois à la campagne je n’allais que très peu au cinéma, les films étant exclusivement en VF. Il est vrai qu’une expérience en grande salle et dans son lit devant son écran n’est pas la même, et je pense que beaucoup de personnes, de la génération de mes parents par exemple, ne verront pas Okja du fait de sa non sortie en salles… mais le buzz autour de cette distribution a sûrement réussi à ramener un autre public sur Netflix.

En bref : voyez Okja qui n’est non pas un film moralisateur à vocation de changer l’humanité en petits véganes, mais bien une critique de notre société de surconsommation qui ne remet jamais en cause ses actes malgré les dérives qu’ils causent jour après jour.

Ma note : 5/5

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Un commentaire

  1. Bong Joon Ho a volontairement fait de Mija et de son grand-père des omnivores…. mais pas n’import lesquels….

    Certes ils mangent du poulet et du poisson et cela reste très discutable dans un film qui tient à montrer le sort des animaux… MAIS … quand Mija attrape du poisson à l’aide d’oKja qui saute dans l’eau avez-vous vu ce qu’il se passe ? Mija prend le plus gros pour le repas et remet à l’eau les autres… quant aux poulets ils sont en libertés autour de la maison. (après je suis d’accord il n’y a pas de mort sans souffrance quand il s’agit de manger un animal…) Une façon comme uen autre d’ouvrir la voix vers le végétarisme : par étape… on ne devient pas (pour la plupart) végétarien ou vegan du jour au lendemain. La prise de conscience se fait souvent en commençant par consommer local, petits élevages bio…. puis on saute le pas…

    Le réalisateur n’a dans doute pas souhaitait ultraculpabiliser son public omnivore, car plus on « agresse » moins on obtient l’effet escompté ! A noté d’ailleurs qu’à la toute fin du film le derier repas que l’on voit est uniquement constitué de légumes et que le bébé super cochon joue avec les poulets et le papy demande à ce qu’elle ne leur fasse pas peur ! Je me plais à croire que le pas vers un monde vegan est donc en marche chez Mija !

    de plus le but du film est avant tout de dénoncer la production à outrance, le trop large choix de viande en supermarché … c’est un premier pas vers ce que beaucoup d’entre nous ont déjà rejoint…

    Une manière habile d’ouvrir les esprits sans attaquer …

    Très bel article en tout cas… Et je vous rejoins sur ce point les larmes ont coulé ici aussi … et pourtant nous ne mangeons ni viande ni poisson !

    http://letrangelibrarium.blogspot.fr/2017/07/okja-de-bong-joon-ho.html

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